Carnet de lecture pour « L’Assassin Royal», de Robin Hobb.
En un mot : Laborieux.

Cela faisait longtemps qu’on me vantait les qualités de cette saga médiévale fantastique. Je n’osais pas l’entamer, effrayé par la quantité de tomes. J’ai finalement trouvé le courage et le temps cet été.
Ne connaissant rien de l’univers, je ne m’attendais donc à rien si ce n’est une belle promesse, proportionnelle à l’engouement de mes proches.
Le début m’a paru assez convenu, mais je me suis laissé embarquer dans cette histoire de bâtard protégé et recruté en secret par le roi. Un bon potentiel de sombres manigances pour la prise ou le maintien du pouvoir. S’ensuit le classique schéma d’initiation, avec le personnage principal alternant entre les progressions difficiles et les échecs cuisants… Pourquoi pas, la quête initiatique est toujours un bon moteur pour forger un personnage, mais cette alternance d’espoir et de défaitisme devient vite lassante, et la dépression cyclique du héros en devient même agaçante.
Et puis, une fois le roman bien lancé, j’ai réalisé à quel point l’écriture était lente et verbeuse ! C’est plutôt bien traduit en français avec une agréable recherche de vocabulaire médiéval. Par choix, la narration est beaucoup plus focalisée sur l’introspection que sur l’action, mais les dialogues intérieurs se révèlent peu constructifs, voire chaotiques et ridicules quand plusieurs personnages vont commencer à interagir dans les pensées du héros !
On comprend rapidement qu’il existe une magie liée au contrôle et à la perception des pensées d’autrui, qui vont justement interférer avec les réflexions du personnage principal, et rendre son caractère à la fois très difficile à cerner et paradoxalement très peu intéressant. Les introspections et dialogues mentaux sont ampoulés, voire totalement incongrus et risibles lorsqu’il s’agit des discussions avec les animaux !
Parlons-en de cette magie justement : ce qui aurait dû être un élément fondateur de la mythologie de l’œuvre n’est en fait qu’un brouillon inachevé que l’autrice semble bien en peine à conceptualiser. Passée l’incompréhension initiale naturelle justifiée par la découverte du héros, on aurait aimé un peu de théorie et de structure, mais finalement on ne comprend jamais vraiment bien en quoi consiste l’Art ou le Vif, en quoi ils sont liés ou différents, pourquoi l’un est réservé à une élite et l’autre socialement proscrit malgré le pouvoir qu’il confère. Les passages qui relatent l’apprentissage de l’Art sont d’autant plus brouillons que l’autrice elle-même semble incapable d’expliquer la manière de l’acquérir ou de l’expérimenter ; de fait, on ne sait pas où va le personnage ni où il doit aller…
Et c’est globalement un sentiment général vis-à-vis du héros, qui se résume rapidement à une coquille vide se faisant malmener par les personnages qui l’entourent sans qu’il ne puisse développer un caractère ou une volonté proprement définie. Les chapitres se succèdent, le faisant naviguer dans une routine où les journées au château consistent à aller voir tous les autres personnages pour se faire attribuer de nouvelles tâches de type « quête secondaire » qu’il n’aura pas le temps de terminer, voire de commencer. Une succession d’arcs narratifs parfois entamés mais jamais aboutis.
Quelque fois, il est contraint de se battre contre « les méchants »: des hordes de personnages amnésiques et barbares. C’est l’occasion de scènes de violence gratuites où le héros tue difficilement des hordes de zombifiés apathiques, dont le comportement n’est jamais expliqué, mais qui permet de justifier cette violence « morale ». Notons au passage que le héros, recruté et formé comme assassin, ne tue jamais personne furtivement, mais préfère galérer à se battre à l’épée frontalement…
Les personnages sont à la fois stéréotypés et paradoxalement incohérents ; des archétypes simples : le roi fatigué, le gentil frère, le méchant frère arriviste, le sage mystérieux, l’amante inatteignable, la mère adoptive, l’éducateur sévère mais gentil, l’éducateur sévère et méchant, les pirates… et pourtant ils manquent cruellement de consistance et de cohérence dans leurs motivations. Leurs convictions sont fluctuantes, quand ils (les personnages) ne sont tout simplement pas abandonnés en plein milieu du livre quand l’autrice n’a plus rien à leur faire faire. Petit bémol pour le seul personnage intéressant : le fou, dont j’ai adoré la première énigme qui anticipait la résolution de la première mission (le chien qui s’étouffe). J’ai cru un instant que toutes les missions allaient être présentées de la même manière mystique, mais non… encore une idée qui n’aura pas de suite.
Dans son ensemble, l’histoire peine à démarrer et le scenario étale rapidement sa platitude d’un chapitre sur l’autre. Il faut attendre la fin du premier tome pour avoir enfin un peu d’action en lien avec le rôle d’assassin – qui est quand même le titre du livre. Quant au deuxième tome, on peut dire qu’il ne se passe quasiment rien pendant les 400 pages. Et c’est là que j’ai lâché le livre.
Je n’entamerai pas le troisième tome : 4/10

